Lettre à ma fille,

 Nora,
Les semaines se rapprochent, les jours aussi. Je trépigne d’impatience de te voir. J’ai fait ton petit berceau. Et ton lit aussi. Ta grand-mère a lavé tous les doudous et le tapis d’éveil sur lequel tu n’iras pas de si tôt. La liste de naissance diminue et tout s’accumule dans ma chambre d’ado devenu chambre de future maman. Je dois avouer que l’on devait repeindre mais je crois que nous n’aurons pas le temps, je ne veux pas que cela sente la peinture lorsque tu arriveras. Et je veux que tu arrives, même demain, je prends !
On discute pas mal avec les autres mamans qui attendent avec empressement un petit bonheur comme toi. Oui, tout un tas, ce sont mes copines avrilettes 2016 avec qui nous partageons tout un tas de bêtises et d’angoisses en espérant que le temps passe plus vite.
J’ai hâte de te voir, de te rencontrer, de te sentir, de te toucher. Tout cela autrement qu’à travers les petits (?!?) coups que tu me donnes. Parfois, j’ai l’impression que tu cherches la sortie, en frappant contre mon ventre comme si tu frappais derrière une porte pour que l’on t’ouvre. Cette idée me fait sourire. Ce qui me fait moins marrer c’est que les médecins me disent que tu n’es pas pressée, loin de là.
Je t’imagine plus d’une fois dans la journée. Je t’imagine avec les yeux bleus de ton papa ou de ta tante, les cheveux blonds de ta maman, la jolie peau de ton oncle et de ta tante et le sourire de ton autre oncle. ( Une sorte de mélange familial merveilleux.) Je t’imagine en beau bébé, j’imagine te voir sourire avec les yeux même si tu commenceras par pleurer. J’espère que tu n’auras pas ma voix, cette voix “criante”, toujours un ton au-dessus de ce qu’il faudrait.
Surtout, j’ai parfaitement conscience que tu n’es déjà plus moi. On en parle avec les mamans de comment vous êtes une partie de nous pendant neuf mois et de la peur de vous voir sortir de nous, de vous détacher pour devenir de petites personnes à part entière. La peur de ne pas savoir le gérer, la peur de vouloir revenir à soi. Certaines maman ont peur de se retrouver, de ne plus “se sentir utile”, de ne plus se sentir “connectée”, de redevenir une femme parce que malgré leurs inquiétudes, elles savent qu’être femme et être mère, ce n’est pas la même chose. Que maman, ce n’est pas une fin en soi et que pour qu’elles soient heureuses comme maman, il faut qu’elles soient heureuses comme femmes. C’est qu’elles s’en posent des questions, mes copines mamans en devenir.
Et toi, dans mon ventre, tu n’es pas moi. Tu ne l’es plus depuis longtemps, tu continues à grandir et à te développer sans rien demander. Oui, ma petite, tu grossis et moi pas. D’ailleurs, j’aimerais que tu m’expliques comment tu fais ça et ce que tu comptes me laisser en partant. J’ai de la chance car tu ne demandes aucune attention particulière, tu fais ton bout de chemin alors que certaines copines sont déjà hospitalisées, leur petit bout réclamant beaucoup plus de soins et d’attention, même s’ils ne sont pas encore là.
Je dois te dire que j’aimerais que tu arrives plus vite pour que je puisse passer mon concours. Oui, le CAFEP. J’ai choisi le CAFEP cette année pour ne pas que nous partions trop loin de la maison. Ce n’est pas égoïste, c’est pour toi et pour que ta maman continues à avancer. Ce concours, c’est pour nous. C’est le challenge de ces quelques jours et peut-être que tu ne me laisseras pas le passer, mais je ne t’en voudrais pas. Cela rajoute un peu de suspens et surtout, cela me fait passer le temps en attendant de te serrer contre moi.
Je ne sais pas si je serais une bonne maman en attendant, je veux te faire tout un tas de promesses que j’espère tenir. J’aimerais te dire que je ne voulais pas t’offrir des parents en miettes mais que Papa préfère une autre vie dans laquelle je n’ai aucune place mais je lui souhaite d’être heureux. J’aimerais que tu sentes que même si ce ne sera pas facile tous les jours, j’essaierais de faire les choses au mieux, pour toi. Toujours. J’aimerais te dire que j’imagine mille et une choses pour toi mais que je ne t’imagine pas malheureuse. Jamais. J’aimerais rester une maman active et coquette qui ne se fait pas dépasser par le quotidien, j’aimerais restée cette excentrique raisonnée que l’on connait, j’aimerais te transmettre mes valeurs et ma force, celle de croire en demain. J’aimerais que tu sois libre, que tu sois fière, que tu sois tout ce que tu veux être.
Nora, j’ai surtout hâte de te poser contre ma peau.
 

 

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