Le développement personnel, le bonheur et moi

Il est ici question de bonheur ou du moins de l’injonction au bonheur, à “être heureux” à chaque seconde de sa vie.
Le bonheur était une notion fondamentale en philo au lycée puis en prépa ( oui, c’est drôle)… et comme pour beaucoup de choses, on oublie ça quelque part entre les happyHours et les bancs de la fac.

 

Il n’y a pas si longtemps, une personne proche m’a gentiment dit que peut-être je faisais partie des gens qui ne connaîtront jamais le bonheur, qui sont conçus malheureux. Je n’ai jamais conçu la chose de cette façon, jamais je n’ai cru qu’on était ou malheureux ou heureux. Ni qu’on pouvait être programmé pour un seul de ces états émotionnels. Et puis, pourquoi vient-on s’infiltrer dans mon état émotionnel? dans mon ressenti?

 

Qui est capable d’évaluer mon niveau de bonheur et de m’emmerder s’il n’est pas assez élevé? 

 

J’étais donc ravie d’entendre une telle chose alors que je ne me sentais pas malheureuse. Mais parce que je n’étais semble-t-il pas une explosion de joie, de bien-être et de bonheur, je ne pouvais être que malheureuse. Et j’étais jugée pour cela, la sentence était “tu es un être condamné au malheur, aux tourments”. C’était un an après qu’on m’offre un livre de développement personnel pour que je fasse rentrer la joie et le bonheur dans ma vie. Apparemment, mon état émotionnel devenait une maladie, il fallait que je me développe, que je me soigne, que je lutte contre ce malheur qui s’infiltrait en moi.

 

Douce injonction à être “différente” de ce que je suis.

 

 

On m’indiquait donc que le problème, c’était moi. J’étais une incapable. Incapable de rayonner de bonheur dans ce monde. Ayant une tendance accrue à la culpabilité, il m’en a fallu peu pour que je culpabilise de ne pas être un rayon de soleil chaque jour de ma vie et que je me mette à me sentir mal de n’être pas à la hauteur de ma vie, de ne pas la ressentir correctement (qu’est-ce que c’est con bordel de se dire qu’on ressent mal).

 

Ce sentiment de culpabilité que les réseaux, et notamment Instagram, ont continué à alimenter. Après tout, c’est vrai : tout à l’air plus simple, plus beau, plus TOUT chez les autres. Cela peut vite devenir déprimant. Et l’ensemble de la planète a adopté une nouvelle vie, une nouvelle conscience de soi. S’interroge sur le fonctionnement de son nombril et trouve des solutions pour éclaircir le ciel de sa vie en changeant sa perception du monde. Chacun change la vision du monde à l’intérieur de soi, parce que c’est l’intérieur qui est pourri.

 

Changer la déco de votre intérieur personnel telle Valérie et en avant pour le bonheur!

 

 

Et puis, c’est quoi le bonheur? Le bonheur c’est un état ? permanent? impermanent? A partager avec tous ou pour soi? C’est temporaire ou éternel? C’est palpable ou impalpable? Et si on doit le partager avec tous? Si on me reprochait de ne pas l’être, c’est parce que je gâchais le leur? Et puis, est-ce seulement de ma faute? 

Non, je ne crois pas. Je ne crois pas non plus être malheureuse. En revanche, que tout ne soit pas rose, que parfois j’ai connu des événements difficiles et que je prends mon temps à les surmonter, que je suis consciente que rayonner quand d’autres crèvent joyeusement sur des embarcations de fortune dans nos mers c’est relativement égoïste, que la peur des pauvres et l’augmentation de la précarisation dans notre doux pays et une question qui me révolte et m’empêche d’ouvrir mes chakras à plus de bonheur.
Peut-être juste que ce qui m’empêche d’être un rayon de bonheur, c’est d’avoir envie de me battre pour moi en premier lieu, c’est vrai (il faut pas se mentir) mais aussi pour les autres?

 

 

 Juste, parce que si je dois nager dans le bonheur, je ne veux pas nager seule.

 

 

Alors qu’on prenne conscience de son corps, des pouvoirs sur soi et du positif que ça amène, c’est bien. C’est même hyper intéressant. D’ailleurs, je m’y suis mise. Se comprendre, c’est aussi gagné en harmonie et se sentir plus ancré dans un monde qui souvent nous fait perdre bien. C’est se remettre au centre quand le système nous oblige à nous oublier. Apprendre à s’écouter, à s’apaiser, à prendre soin de soi quand on doit constamment se battre, c’est même militant. Mais il y a développement personnel et développement personnel.

En revanche, nous bombarder de l’obligation d’être des rayons de bonheur chaque jour de nos vies, tous, individuellement en regardant nos nombrils, c’est peut-être aussi la nouvelle façon de nous tenir ?
Si on nous gave de l’idée que le problème c’est nous, qu’il faut nous soigner, “soigner la blessure intérieure”, comment être heureux avec l’idée qu’on est un problème? Comment gère-t-on les événements indépendant de nous? Comment on peut appréhender une situation difficile sans ajouter de la culpabilité? Comment construire un sentiment de cohésion?

 

Une société est interdépendante, tout n’est pas de notre fait unique. Il est faux de penser que parce qu’on gère notre intérieur perso comme une startup nation, on peut gérer tous les éléments de la vie qui nous attend. Il faut accepter que certaines choses nous échappent, il faut accepter d’être malheureux par moment sans culpabiliser et sans croire qu’il y a une solution juste parce que c’est la vie. Le développement personnel qui permet de s’accepter sans culpabilité et de rompre avec l’idée qu’on doit “se soigner” comme si nous étions tous malade, c’est celui que j’apprécie. Celui qui m’apprend à avoir de la gratitude pour ce qui m’entoure, à l’apprécier et aussi à m’en satisfaire.

Mais je ne crois pas que cette nouvelle injonction soit de celle qui nous apprenne la satisfaction et la gratitude. J’ai peur qu’à nous cibler comme problème, elle alourdisse la conscience du consommateur qui va tenter de régler son dysfonctionnement intérieur en se coupant de l’extérieur. Consommer pour réduire stress, anxiété, problème de sommeil, solitude….”être mieux”. Non merci. Être soi, oui merci.

 

En revanche, si on s’ouvre à l’autre, à la tolérance, l’acceptation et la satisfaction, peut-être qu’on aura enfin un moyen de changer le monde?

4 thoughts on “Le développement personnel, le bonheur et moi

  1. Bonjour,
    Ton article est très intéressant, et me touche de beaucoup de façons.
    D’une, clairement, que tes proches te veuillent heureuse pour ne pas avoir à se soucier de toi n’est effectivement pas très sain.
    Ensuite, je ne suis pas tout à fait d’accord, le bonheur ne doit pas dépendre de l’extérieur. Il est évident que notre monde tourne à l’envers, qu’il est source de beaucoup de déception quant à la race humaine. Cependant, je prends le pari inverse du tiens, si des gens meurent sur des embarcations parce qu’ils n’avaient plus que cela, si des gens mettent fin à leurs jours parce qu’ils se sentaient trop seuls etc… Je me dois d’être heureuse, je le leur dois. Pas parce que tout est parfait, mais justement, parce que tant de choses me donnent la nausée, je ne peux cracher sur ce que j’ai.
    J’ai trouvé ma définition du bonheur je ne sais plus où: “Le bonheur c’est le temps accordé à la joie”. Ni plus ni moins, et il y a des jours où la joie est partout, et d’autres où on ne lui accorde pas deux minutes. Mais nous avons cette possibilité, et j’ essaie de m’en souvenir.
    Que nous soyons heureux ne nous empêche ni d’être révoltés, ni d’agir à notre niveau, et que nous soyons malheureux ne rendra malheureusement pas la vie d’autres moins difficile.
    Bref, je suis un peu brouillon, mais non, le bonheur ne doit pas être une injonction mais une habitude, pour tous, et il y à tellement fort à parier que si tel était le cas, notre monde irait beaucoup mieux.
    Belle journée !

    1. Peut-être que je me suis mal exprimée, ce que je voulais dire ce n’est pas que le bonheur empêche de se révolter, d’agir à notre niveau ou qu’il ne faut pas l’être … mais plutôt que l’injonction au bonheur en passant par une analyse de soi constante est dangereuse.
      Ce qui m’alerte c’est ce repli sur soi quasi permanent, nous « faire croire » qu’on est seul responsable et que si on ne nage pas dans le bonheur, on est sur le mauvais chemin.
      Mais j’entends ton point de vue et tu as bien raison de ne pas cracher sur ce que tu as et d’accorder chaque jour du temps à la joie. C’est très beau!

  2. J’adore ! Arrêter l’injonction continue à l’Happycratie, voilà qui nous rendrait déjà tous plus heureux. Je vois tout à fait de quoi tu veux parler, je digère encore une mauvaise (très mauvaise) nouvelle tombée il y a 6 mois et je vois bien autour que les copains les copines attendent que là ce soit bon, que je retrouve le sourire la patate la joie de vivre alors que la réalité de ma vie est tout sauf légèreté. Et ben certains jours ils me font suer avec leur envie que je sois joie, je suis de l’humeur du jour, celle qui est possible et pas celle qui fait joli dans les magazines.
    Certains jours je fais l’effort d’avoir l’air plus joyeuse que je ne suis, pour ne pas trop peser sur les autres, mais sérieusement parfois ce sont ces injonctions au bonheur – même quand tu es objectivement dans la difficulté – qui pèsent…
    Just be yourself 😉

    1. Bonsoir !
      Que je suis contente de te lire – bien que tardivement !
      Je comprends ce que tu veux dire, tu as la place d’être toi, d’être ce que tu ressens et ce que tu vis…Et tant pis si cela ne plait pas !
      Force et courage à toi <3

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