Smala en construction

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     Petite, je voulais devenir mère. En grandissant, un peu moins et puis en apprenant à me connaître, j’ai admis que je serai maman et que je voulais construire une famille. Un truc cool où on rigole beaucoup, on se promène dans les bois et on chill le dimanche.

Une sorte d’évolution – tel un Pokémon – qui me ferait faire des crêpes en sifflotant les matins d’hiver. C’était devenue une certitude, j’avais la même certitude quand je remplissais la case  “futur métier” avec le mot “écrivain“, sur ma demi-feuille à chaque rentrée.

Pourtant, j’ai du mal à écrire “famille” ou “vie de famille” quand je parle de ma situation. Surement parce que d’après le cnrtl (mon amour pour ce dictionnaire ne ligne est sans faille), le sens premier de ce mot met l’accent sur l’apparentement par le sang, les alliances, les adoptions.
Et clairement, cette famille là, elle n’existe pas. J’accorde une grande importance aux mots et à leur sens. J’aime les mots juste, ceux qui n’excluent pas. Alors, je préfère le mot Samala. C’est moins connoté ou si ça l’est, c’est avec un aspect un peu brouillon, un truc bien vivant. Et entre, l’Enfant chérie, M.Pizaguetti aka Le Viking, Poukie, Pompom et Doudoudou, je trouve que cela sied bien et puis c’est un mot d’origine maghrébine.

Si certains suivent le blog depuis un petit moment, ils ont vu des articles sur ma grossesse quasi-idyllique et ma séparation avec le père de ma fille.
Pour ceux qui ne les ont pas lus, certains sont ici et , d’autres ont été retirés mais pour la petite histoire : je me suis séparée du père de ma fille lorsque j’étais enceinte et j’ai débuté ma vie de maman solo.

Parent solo, on en fait pas trop?

Non.
J’ai mis un temps fou à comprendre où se trouvait la différence : la charge mentale et émotionnelle. 

Mais on peut en faire quelque chose de POSITIF (un e-book arrive sur le sujet) parce qu’on ne se retrouve pas seul*e par hasard.

Maman solo et femme amoureuse

Il y a maintenant deux ans et demi que j’ai rencontré M.Pizaguetti (surnom définitivement attribué). L’avantage du « un week-end sur deux », c’est qu’on peut aller à Darwin sans prendre de baby-sitter un soir d’hiver et rentrer avec un creux dans le ventre en se demandant si on plait à l’homme avec qui on vient de passer la soirée. C’est comme ça qu’il est rentré dans ma vie et qu’il y est encore. (instant guimauve).
Ce n’est pas facile. Souvent, je me suis posée des questions: pourquoi un homme équilibré et sain voudrait d’une nana bordélique, avec un enfant  ? Apparemment, cette question j’étais la seule à me la poser. Si les copines n’avaient pas fait leur job de copines à m’assommer à chaque doute, je ne pourrais pas écrire “une femme amoureuse”. Construire une relation prend du temps. Etre une femme-amoureuse (une femmoureuse?) quand on est déjà une femme-maman (une femmaman?), c’est encore plus laborieux. On s’interroge pour soi et pour l’Enfant et pour la personne en face mais ça vaut le coup.

Parler de l’Enfant : avant ? après? Quand ?

Pour le coup, aucune surprise. Dans ma finesse légendaire, c’est dit cash : j’ai un enfant de type en bas âge.
Mais ce n’est pas parce que je le dis ouvertement et sans noyer le poisson que j’ai très envie qu’on se fasse un petit dej dans la foulée. ( bonjour l’angoisse).
Du temps, rencontrer l’Enfant a pris du temps. Plusieurs mois, il faisait à nouveau beau et j’avais sorti les robes de printemps.
Certaines copines n’en disent rien avant de voir. Je trouve que c’est un peu violent et d’autant plus difficile à dire. “Et au fait…je t’ai pas dit? Je suis maman”. Niveau confiance, je ne sais pas si j’assumerai.

La rencontre où?

Je suis partisane du : un endroit à l’extérieur où personne n’est en terrain conquis. Un lieu où l’enfant peut s’amuser, se sentir libre et pas coincer entre deux adultes qui le regardent en chien de faïence. Situation stressante pour moi (comme chaque situation de ma vie, je sais bien), devoir gérer Monsieur Pizzaguetti et l’Enfant en même temps, rude. Imaginez mon état émotionnel. Evidemment, ça s’est très bien passé.

Une fois que la rencontre a été faite, j’ai prévenu le père de ma fille: j’ai un M.Pizzaguetti dans ma vie et il a rencontré l’Enfant.
Il en fait ce qu’il veut mais c’est important que les choses soient faites en transparence. Qu’un adulte entre dans la vie de l’Enfant et y prenne une certaine place est une information importante et pour éviter tout conflit où toute situation embarrassante, il me semble normal d’avoir mis le père de ma fille au courant.

Et maintenant ?

Maintenant, c’est toujours chacun chez soi mais attendre de ne pas avoir l’Enfant ou qu’elle soit couchée sont des interrogations que l’on ne se pose plus. Maintenant, c’est le trinôme gagnant. Nous avons fait un week-end à trois et M.Pizaguetti a entièrement sa place à la maison. Lorsque l’Enfant est avec moi, c’est nous trois. Lorsqu’elle est chez son père, c’est nous deux. C’est une situation établie, L’Enfant a intégré M.Pizzaguetti dans son référentiel de personne de confiance. Il lui arrive même de le réclamer au réveil ou de vouloir l’appeler lorsque nous ne sommes pas ensemble.

Quelle place ? pour qui?

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C’est compliqué pour chacun. Pour l’Enfant, on lui prend “sa mère” même si elle peut toucher le plafond ( gros bonus). Alors, elle apprend et elle a accepté rapidement la nouvelle situation. Les choses se fluidifient, elle réclame moins mon attention, moins d’exclusivité et crée une relation avec lui où je n’existe pas (et c’est très bien). Elle a ses petits secrets avec lui (notamment au sujet des bonbons) et ses jeux.
Cependant, il faut encore lui rappeler qu’il ne s’agit pas d’un copain mais d’un adulte sur lequel elle peut compter et avec lequel elle doit tisser une relation d’enfant à adulte référent. C’est encore différent de la relation aux grands-parents qui sont là pour détruire notre travail de parents, différent de la relation aux oncles et tantes qui sont là pour “les bêtises”, les ballons et le chocolat (et aussi toucher le plafond).

Parce que la question de l’autorité n’est pas la même.

Pour Monsieur Pizzaguetti, il me semble que  c’est plutôt une question de positionnement et aussi de cette fameuse question d’autorité.
« Je ne suis pas son père » donc qu’est-ce que je peux faire ? Est-ce que je peux la gronder ? Est-ce que je ne dis rien? Est-ce que je peux l’accompagner aux toilettes si elle le demande? ( l’acquisition de la propreté, ce moment de plaisir ). Idem sur le plan affectif, juste jouer ? Faire un câlin ?
J’aurais pu lui demander quelles étaient/sont ses interrogations mais cela aurait pu m’inquiéter.

Pour moi, c’est Beyrouth : joie, amour, culpabilité, inquiétude…je suis l’arc-en-ciel des émotions.

Au départ, je voyais l’Enfant comme un “obstacle”. Je m’imaginais que cela dérangeait la personne en face. J’essayais donc de trouver des subterfuges ou de limiter le temps passé à trois. De même, je me posais beaucoup de questions sur les conséquences d’une séparation si une relation naissait entre M.Pizzaguetti et l’Enfant. Clairement, cela m’empêchait de profiter pleinement mais imaginer les conséquences d’une séparation quand cela n’a pas lieu d’être…c’est le risque d’y conduire (à la séparation). Admettre qu’on prend un risque amoureux et parental n’est pas évident mais reste nécessaire – comme dans toute relation finalement. Et puis le temps a fait son oeuvre.

Maintenant, je trouve vraiment magnifique leur complicité que je contemple avec un plaisir immense. Cependant, il m’est parfois arrivé d’en être « jalouse » et évacuer ce sentiment comme l’identifier peut prendre du temps. Après deux ans d’exclusivité dans ma relation avec l’Enfant, faire de la place à un adulte ce n’est pas si simple. Qu’elle ait envie qu’il lui donne à manger plutôt que moi, apprendre à lui confier le temps de faire une course, faire une sieste sans paniquer au réveil: ce sont des choses qui s’apprennent. J’ai aussi pu apprendre à m’écouter moi, à identifier ces émotions et sentiments contradictoires qui m’ont traversée. Vouloir être seule avec M.Pizzaguetti, c’est aussi normal et ne doit pas être source de culpabilité. Programmer ses semaines, ses weekends, ses vacances, en incluant tout le monde devient de moins en moins source de stress. Enfin, il semble que mon cerveau ait compris que M.Pizzaguetti n’est pas dérangé par l’Enfant et que l’Enfant est enchantée par sa présence. Ainsi, j’ai une personne adulte qui entre dans ma bulle parentale, une personne a qui je peux soumettre mes interrogations et qui me répond en fonction de la place qu’il a envie de prendre, en fonction de son rythme mais jamais en se substituant à la figure du père.

Pour moi, c’est Beyrouth mais un Beyrouth du bonheur.

30 Mars 2020

Un peu moins d’un an après l’écriture de cet article, nous avons abandonné nos appartements pour s’installer ensemble dans la joie et la bonne humeur.
Comme lorsque j’ai présenté M.Pizaguetti à l’Enfant chérie, j’ai informé le père de ma fille de notre aménagement.

Pour que tout se déroule au mieux, nous avons choisi un appartement neutre et grand où chacun a sa place dans un quartier qui nous convient à nous deux et dans lequel les infrastructures pour les enfants sont accessibles. L’Enfant Chérie a toujours SA chambre dans laquelle nous avons réinstallé ces précédents meubles et mêmes des nouveaux pour accompagner son désir d’autonomie.

Pour elle, nous avons travaillé le sujet du déménagement, lu des histoires, expliqué le pourquoi du comment et cela coïncidait avec sa première rentrée d’école. Un ensemble d’événements qui ont marqué une étape pour tous et qui a été très bien acceptée.

Les choses se déroulent parfaitement, nous avons agrandi notre famille avec deux lapins et un chien et c’est la plus belle aventure émotionnelle que je vis.

Lorsque l’Enfant Chérie a des questions sur la famille qui est où et fait quoi, là encore nous passons pas des albums jeunesses et nous expliquons en toute transparence. Cela fonctionne bien, si les choses sont claires pour nous, elles le sont pour l’enfant.
Ainsi récemment, elle a dessiné, seule, sa famille où nous étions tous présents. Elle sait parfaitement qu’elle a une très grande famille et que cette structure, c’est ok.

Des conseils ?

  • Prendre le temps. Le temps pour soi, le temps pour l’Enfant, le temps pour l’Autre.
  • Respecter les envies, les besoins et le rythme de chacun.
  • Donner le droit à l’Enfant d’être heureuse avec nous et avec son père.
  • Être amour, s’aimer c’est quand même la meilleure façon d’offrir de la confiance.
  • Rire beaucoup parce qu’on aime ça!

Cotidiane

4 réflexions sur « Smala en construction »

  1. Merci.
    Merci de m’avoir fait découvrir ton blog.
    Je dévore chaque article depuis le réveil.
    Je me sens tellement moins seule.
    Tellement moins coupable, anxieuse
    Tellement plus comprise, apaisée.
    Tellement plus forte.
    Merci merci merci.
    Te lire est un réel plaisir.
    Je me reconnais énormément dans tes mots. Nos maux disparaissent et il est bon de se laisser une chance d’y croire.
    La vie est faite d’épreuves et/mais aussi de jolies surprises, elle est belle. Et grâce à nos Enfants, elle l’est d’autant plus.
    Au bout de 2 ans et demi certaines blessures commencent à être pansées, d’autres restent encore trop douloureuses pour que j’ose les regarder, les affronter par peur de souffrir encore et encore.
    Mais Elle va bien. C’est ma tornade pleine de joie de vivre.
    Grâce à lui je vais mieux.
    Grâce à eux, j’apprends une nouvelle vie de maman solo et amoureuse et j’envisage un doux avenir, plein de promesses.
    Encore merci.
    Tendrement,
    Maureen

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