Et le prochain, c'est pour bientôt?

Cette fameuse question. Celle qui surgit comme ça, au café. Il y a deux choses : la première serait que toutes les femmes veulent des enfants et la deuxième qu’on en veut toutes plusieurs. Pourquoi les gens se demandent ce qu’il se passe dans ton utérus?

La semaine dernière, je déjeunais avec ma copine A. C’est ma copine de l’an dernier : formation ensemble et poste de stagiaire au même endroit. Je pouvais lui raconter toutes mes conneries et j’étais certaine de la faire rire. A. c’est une fille nature et pétillante avec qui on a souvent parlé quinoa, composteur et féminisme.
Il y a un sujet dont nous parlons très peu : la maternité.

Je me souviens de nos repas avec les collègues où chacun s’intéressait à la vie de l’autre. Au regard de la moyenne d’âge et du nombre de congés mat, le sujet “enfant” ne pouvait pas être évité. C’était le sujet de toutes les bouches surtout que nous sommes nombreuses à avoir des enfants d’un âge similaire. Toutes nos collègues étaient d’accord lorsque A. avouait ne pas avoir de réponse établie à ” Et alors un enfant?”. Toutes nos collègues étaient d’accord, c’était juste une question de temps parce qu’elle en aurait forcément envie, on rêve toutes et tous d’avoir des enfants. Apparemment, c’est la clé de la vie.

Sauf que non.

Parfois, moi même, prise d’un élan d’euphorie, je lui vantais les mérites de la maternité comme accomplissement de moi. Mère, c’est probablement le rôle qui me permet de me découvrir chaque jour davantage et de m’épanouir. Au regard de ces dernières années, c’est ce qui a permis à la personne que je suis un certain cheminement et de commencer à nouer avec la confiance en soi….mais cela ne signifie pas que c’est le cas pour tous. C’est assez angoissant de voir surgir cette certitude: Être mère est une envie universelle.

Sauf que non.

J’ai parlé plusieurs fois de ce sujet et pas nécessairement avec A. Et souvent, un sentiment d’obligation à se justifier surgissait. Ce n’est pas parce que j’aime être mère et que j’adorerais l’être encore que je le souhaite à toutes les personnes qui m’entourent. D’ailleurs, j’ai souvent pris ce besoin de justification comme le besoin de se convaincre soi. Puis, j’ai compris. Ce besoin de justification c’est le regard de la société qui le fait naître. La société qui a un droit de regard sur notre utérus donc.

Ne pas vouloir d’enfant n’est pas un affront fait à Mère Nature ni une honte. Ni un acte égoïste. Ni rien, c’est un choix personnel. On peut ne pas vouloir d’enfant aussi bien que l’on peut en désirer. Avant de savoir que je voulais devenir mère et que j’adorerais l’être encore, cela m’est arrivé aussi, à moi, de dire “un enfant ? Je ne sais pas, pas vraiment”. Pour plusieurs raisons et l’âge n’a jamais fait parti de mes questionnements sur la maternité. Cette notion “d’âge” et de “course contre la montre biologique” me donne la nausée. C’est infantilisant dans le premier cas. C’est l’équivalent du fameux ” tu comprendras quand tu seras plus grande” que les parents assènent parfois. Et l’idée de la course contre la montre, c’est l’idée que nous avons un créneau temporel pour devenir une femme accomplie parce que l’idée c’est que la maternité fait la femme (beurk). De nos premières règles à la ménopause, nous serions fréquentables mais une fois le coche raté, nous ne serons jamais des femmes accomplies. Parce qu’avoir des enfants serait une histoire de femmes.

Sauf que non.

On oublie bien trop souvent que la parentalité est un engagement sur du long terme et c’est véritablement contraignant. Même si j’aime ma fille, je dois reconnaître que l’organisation, c’est un sacré morceau. Alors quand on me dit que ce n’est pas quelque chose qui fait rêver, je comprends. On reste chacun le mieux placé pour savoir si nous nous sentons en mesure ou non de prendre cet engagement. Personne ne devrait être en mesure de nous imposer une voie à prendre.

On peut ne pas en avoir envie. On peut ne pas faire ce choix. On peut faire un bon gros fuck aux normes de la société qui demande à se justifier quand on ne fait pas ce choix. On peut faire ce que l’on veut de son corps. On peut arrêter de juger moralement les personnes qui ne veulent pas d’enfant. On peut ne pas vouloir d’enfant et ne pas être un monstre. On peut ne pas avoir envie d’être enceinte. On peut se foutre la paix. On peut ne pas vouloir d’enfant sans être condamné à une vie de malheur. On peut ne pas vouloir d’enfant sans craindre l’isolement et le désamour. Avoir un ou des enfants, ce n’est pas “réussir” sa vie. Et la maternité, ce n’est pas devenir femme. C’est devenir mère.
Ce regard sur ceux qui ne veulent pas d’enfant me fige. C’est un regard qui me fait me demander pour quelle raison, les gens ont des enfants? Est-ce un souhait propre ou juste “ce qu’il fallait faire” ? Comme si, le fait que certains ne veulent pas d’enfant était un danger pour les autres. Comme si cela allait tâcher leur “réussite”. Il y a ce sous-entendu là, il y a un sentiment de menace. La menace d’une autre voie que celle suivie. Cette crainte qu’il y ait une autre voie pour le bonheur et l’épanouissement. La crainte qu’on nous ait menti : être parent n’est pas la voie d’une vie heureuse. Alors on continue à nous vendre l’épanouissement parental (hétérosexuel) comme voie d’accès privilégiée au bonheur…et souvent par ce biais, on continue à condamner l’homosexualité et exclure les personnes stériles ou qui ne veulent pas d’enfant.

La voie d’une vie heureuse, c’est celle qu’on choisit pour soi.

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