Syndrome de l’imposteur

  • Le 15 Février 2019, je publiais ces mots sur Instagram

 

Cette photo, c’est moi. Je suis atterrée par l’air enfantin que j’ai. L’impression de ne pas être une adulte. L’impression de ne pas pouvoir être prise au sérieux. Souvent, j’ai peur de mes interlocuteurs car j’estime qu’ils ne me feront pas confiance. J’ai enfilé robe et talons pour adopter le déguisement de la femme adulte. Ce n’était pas moi. Alors je cherche encore et encore « à paraître adulte ». A me sentir légitime.  Syndrome de l’imposteur. Douter de tout accomplissement. Douter. La peur que l’on découvre que je ne suis qu’une mascarade. Parfois, j’ai peur du regard des autres dans la rue lorsqu’ils me voient avec ma fille. Comme si on pouvait douter de mes compétences de mère. Surtout si elle a le malheur de pleurer. Le jour où elle est née, j’ai aussi commencé à avoir peur qu’on vienne me la reprendre. Hier, lors d’un cours en 5e, j’écris « le puits ». L’AVS me regarde étrangement. J’efface le -t-. Après tout, on dit « puiser », j’ai dû me tromper. Non, le mot est moche. Mais alors pourquoi on dit « puiser » ? Dictionnaire. Regard désapprobateur de l’AVS. Je me dis qu’elle doit se demander ce que je fais là. Un regard, un souffle, une intention mauvaise et tout s’effondre comme un château de carte. Je suis anéantie par ma nullité révéler au grand jour. L’objectif 2019 ? Faire taire le doute.

 

  • Un grand nombre de réactions !

C’est l’un de mes postes qui a suscité le plus de réaction. Des réactions quasiment toutes féminines, pas toutes mais presque.

Parce que le syndrome de l’imposteur touche énormément de femmes …parce qu’il est une marque de la société patriarcale dans laquelle nous vivons.  Une société où même si la femme sort du rôle qu’on lui a attribué, elle prend de la place. Elle prend de la place, elle gêne. Cette nouvelle place, c’est aussi nous signifier indirectement Ô combien nous ne sommes pas à notre place là où nous sommes.

Lorsque nous l’ouvrons, on nous félicite d’avoir osé. C’est bien de reconnaître que ce n’est pas facile …mais et le contenu de ce qu’on dit ? Passe-t-il à la trappe parce que nous sommes une femme avant tout et qu’on s’est contenté d’applaudir parce que juste nous sommes une femme qui parle ?
Parce qu’à ce rythme, il faudrait applaudir Marine Le Pen qui est une femme qui parle. Et le contenu ? Parce qu’elle est une femme qui parle, elle représente une lutte ? Et on oublie les dangers de son discours ? Une femme blonde à la Marilyn qui se colorait les cheveux pour attirer les regards et charmer. On le sait bien de façon générale, on pense la blonde douce et inoffensive. On joue avec des codes qui ne sont ceux d’un autre monde.

  • Être soi

Le syndrome de l’imposteur touche donc les femmes qui ont décidé de ne pas être femme au foyer, de ne pas se taire, de ne pas se soumettre à des codes qu’elles refusent, des femmes qui ont décidé d’être elles. Des femmes qui incarnent ce qu’elles ont au fond d’elles, leur rêve. La volonté d’avoir la vie en adéquation avec leurs valeurs, leurs espoirs, leurs rêves.

Pour nous aider, certaines d’entre nous font entendre les voix de femmes qui racontent leur parcours, leur cheminement, leur(s) défaite(s) et leur(s) succès. Mais choisir sa voie, c’est déjà le succès.

  • S’engager différemment

J’aimerai réussir à m’engager davantage, à lutter pour ce droit d’être nous, sans pointer d’abord que nous sommes femmes, sans nous arrêter à notre utérus. Et je me trouve démunie, impossible de manifester, je ne m’y retrouve plus. Militante pendant 10 ans, j’ai été victime d’un fonctionnement patriarcal et je suis restée sur le carreau pour « m’occuper de l’Enfant » dans l’indifférence de beaucoup. Je reste bouche bée devant l’égalité salariale que nous ne parvenons pas à atteindre, je me mords l’intérieur de la joue lorsqu’on s’adresse à ma fille comme à un petit garçon parce qu’elle court partout, qu’elle fronce les sourcils, qu’elle aime le bleu, courir dans les bois, les baskets et Pat’Patrouille.

J’ai l’impression que bien qu’il y existe des avancées considérables, nous nous battons contre des moulins. Que nos droits peuvent être remis en cause comme si nous étions une quantité négligeable comme ces médecins qui ont pris des femmes en otages en arrêtant la pratique d’IVG en signe de contestation. Comme toutes ces remises en cause du droit à l’IVG.
Nous sommes femmes, nous sommes celles qui donnons la vie, nous devons réfléchir à une société différente. Il faut arrêter de se battre pour une égalité dans un monde qui s’est construit sans nous, nous devons nous battre pour un monde que nous construirons ensemble.

Je n’ai pas la solution mais je réfléchis à comment faire, à ce que cela signifie.

Parce que ce n’est pas possible d’avoir pour modèle que des femmes d’exception, ce n’est pas possible de chercher à rentrer dans des cases, à faire de l’à-peu-près, pas possible d’avoir encore peur de donner le tarif de l’une de mes heures de cours particulier ou de monter son projet, ce n’est pas possible d’avoir peur d’avoir des compétences, peur d’avoir des idées.

On nous maltraite, renversons ce système !

  • A la veille de 2019, où en suis-je ?

 

          • J’ai lancé la 1er saison du podcast Dear Strong Sisters, que vous pouvez retrouver là :
          • J’ai publié mon premier recueil de poésie, Présent Suspendu qui est encore disponible. Ici, par exemple.
          • Je prépare ma première rencontre autour des émotions de l’enfant et me dirige davantage vers l’accompagnement à la parentalité;
          • Je travaille la communication non violente à la maison, à l’école, partout.
          • Je continue d’éduquer ma fille selon mes convictions et loin des schémas du patriarcat.
          • Je cultive ma créativité.

Ps: Vous pouvez m’écrire si vous souhaitez participer/contribuer au podcast ! cotidianeleblog@gmail.com

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