Menstruation et politique publique

Depuis plusieurs mois, nous entendons différents débats autour des règles. Les menstruations sont-elles une question de l’ordre du personnel/intime ou doivent-elles faire l’objet d’une politique publique?

Pour moi, la question ne devrait pas faire débat. Il doit y avoir une politique publique de cette question là. Une politique sanitaire et environnementale. Une politique de protection de l’enfance.  

 

        • La prise en charge des protections hygiéniques

 

Nous bénéficions d’une prise en charge lorsque l’on a des problèmes de vue.
Nous bénéficions d’une prise en charge lorsque l’on a des problèmes d’audition.
Nous bénéficions d’une prise en charge lorsque l’on a des problèmes dentaires.
Nous bénéficions d’une prise en charge lorsque l’on va chez le médecin.
Nous bénéficions d’une prise en charge lorsque l’on a un traitement médical.
Nous bénéficions d’une prise en charge des protections pour incontinence par la caisse d’assurance maladie.

 

Et probablement parce que cela concerne des hommes et des femmes.
Or, pour ce qui est des protections hygiéniques, cela semble ne pas pouvoir être entendu.
Et probablement parce que cela ne concerne que des femmes.

Parlons peu, parlons biologie. Effectivement, les cas mentionnés précédemment ne sont pas dus à une différence de genre. Cependant, il reste évident qu’il s’agit d’une question de santé publique. Sur le site de la mutuelle LMDE, on peut lire « une femme utilise en moyenne 22 tampons ou serviettes par cycle ce qui représente 1 500 à 2 000 € de budget au cours de sa vie et c’est sans compter les antidouleurs, les sous-vêtements… »

Cette mutuelle propose à ses adhérent un remboursement des protections périodiques. Ce remboursement s’effectue sur présentation d’un ticket de caisse et s’élève à un peu plus d’une vingtaine d’euros par an.

 

        • A saluer mais bof

 

Si je trouve l’initiative de cette mutuelle très intéressante, il n’empêche qu’il reste contraignant puisqu’il faut envoyer son justificatif…mais surtout qu’il n’impacterait en rien la qualité des protections et leur prix.

En plus qu’il s’agit d’une mutuelle. Une mutuelle étudiante. Et que l’on sait notamment que sur ce point, la précarité-santé est importante puisque grand nombre de personnes – étudiants compris – ne sont pas en mesure de payer une mutuelle.

On ne peut pas laisser un champ de santé publique à une prise en charge aléatoire et privé.

 

        • Question sanitaire

 

Maintenant, depuis plusieurs années, de nombreux collectifs alertent sur la composition des protections périodiques. En effet, leu composition manquent de transparence…notamment parce qu’elle met en contact l’une des zones du corps d’une femme la plus fragile avec des produits toxiques comme on peut le voir ici.

La prise en charge des protections hygiéniques par l’Etat permettrait également un contrôle de la qualité de ces dernières. On peut même envisager un combo santé-écologie qui permettrait de favoriser les protections ayant le moins d’impact sur notre planète et notre santé. Une aide à l’achat de protection de longue durée permettrait de réduire le coût des règles, la production des protections toxiques et une réduction des déchets.

C’est en ce sens que va la proposition de loi enregistrée le 20 Mars dernier et que vous pouvez lire ici.

 

        • Et le congé menstruel alors ?

 

Il y a deux choses.
La première est que le congé menstruel est en rapport avec les menstruations. On parle notamment d’un congé pour règles douloureuses. Que l’on soit d’accord, avoir ses règles n’est pas une maladie. D’ailleurs bien souvent, chez l’individu de sexe féminin, c’est un signe de bonne santé (sans parler du cas des grossesse, hein).

Cependant, on parle ici de « Règles douloureuses » ce qui est parfois le raccourci pour « Endométriose. »

Ainsi, les règles douloureuses sont le symptôme d’une maladie mal diagnostiquées et sous-estimées en France. On réduit cette maladie à des règles douloureuses alors que la maladie n’est pas les règles.

Ainsi, Endométriose peut être prise en charge par un arrêt maladie. Il faut donc, pour cette prise en charge supprimer le délai de carence de trois jours qui sanctionne la salariée de trois jours d’indemnités journalières. Il est évidemment inconcevable que sur un arrêt maladie qui concerne l’apparition d’un symptôme douloureux sur la courte période des règles, la salariée soit sanctionnée financièrement.

Mais il me semble peu probable que l’on obtienne cela.
Ce qui explique le besoin d’un moyen comme le congé menstruel qui permettrait une prise en charge autre que celle de l’arrêt maladie.
Cependant, il est possible que d’autres maladies nécessitent une prise en charge sur ce gendre de modèle. Une prise en charge où le délai de carence ne doit pas être une double peine pour le salarié.

La deuxième chose, c’est que sur les deux pages de Causette, on pouvait lire les mots de Daniela Lévy, porte- parole d’Osez le féminisme ! Et cela m’a fait bondir.

 

On peut y lire :

” Le congé menstruel est une fausse bonne idée. Nous n’y sommes pas favorables, car cela contribuerait à stigmatiser encore davantage les femmes et à renforcer les stéréotypes. A l’embauche, les femmes courent déjà le risque d’être discriminée au motif qu’elles ont la possibilité d’avoir des enfants. Avec le congé menstruel, il y aurait de nouveau un rappel à la biologie.”

 

C’est cette terminologie ” rappel à la biologie” comme s’il fallait gommer cela. Sans être essentialiste, il me semble difficile de gommer les différences biologiques existantes entre un individu de sexe masculin et un de sexe féminin.

Différences ne signifient pas rapport de force ou classement “inférieur/supérieur”. Il faut lutter pour l’égalité et cela doit passer par l’acceptation que différence veut simplement dire différence. Pas mieux ou moins bien, rester dans ce discours sert encore à la fabrication des inégalités.

Refuser d’admettre la différence biologique des individus de sexe féminin et masculin, c’est refuser l’égalité. C’est vouloir la faire correspondre à un modèle de productivité basé sur des critères masculins et cautionner un système patriarcal. Il faut se réapproprier le langage et sa signification.

Justement, c’est au regard d’une différence biologique qui impacte les femmes que nous sollicitons une prise en charge des protections périodiques. Pour une question sanitaire et d’égalité entre tous.

Comme le dit Gloria Steinem

« Ne demandez pas aux femmes de s’adapter au monde
– demandez au monde de s’adapter aux femmes. »

 

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