Quel monde voulons-nous ? Starhawk

Pour ceux qui me suivent sur Instagram, vous savez que j’ai dévoré ce livre. Dans cet essai, Starhawk, écoféministe et sorcière, fait le constat de l’échec du système actuel, le constat des inégalités et de la nécessité de réinventer le vivre ensemble, le collectif.
Elle examine la relation à la nature, aux lieux et interroge aussi l’activisme à partir de son expérience. Tout y passe :

La non violence, la question de l’appropriation culturelle, la démocratie directe, imaginer demain, lutter contre un système qui court inévitablement à sa perte, la solidarité et la place de la spiritualité.

C’est simple, Starhawk nous propose la métaphore du Titanic : on va droit vers la collision. Un idée, que vous retrouvez très bien expliquée ici, chez Angélique de Glam&Concious qui vous parle de collapsologie et de fin d’un monde.

Cependant, rien est joué et l’ouvrage est loin d’être sombre. Il souffle même un vent d’espoir, il mobilise. Il permet de nous interroger individuellement notamment dans notre rapport au monde naturel sans souffrir de culpabilité. Sur différents réseaux et articles, j’ai pu lire le découragement des Colibris.  Cependant, nous avons pu constater une percée des Ecologistes au parlement européen.

“Pour cela, nous avons besoin de devenir conscient*e*s des attitudes qui nous mettent à distance du monde naturel. […] La vision des êtres-humains-comme-fléau est contre-productive lorsqu’il s’agit de s’organiser autour d’enjeux environnementaux. […] Se sentir mauvais*e*s, coupables, inauthentiques n’est pas ce qui fait agir. Tant que nous considérons les êtres humains comme séparés de la nature, que nous nous sentions au-dessous ou en-dessous, nous fabriquons inévitablement une opposition humains/nature où tout le monde sort perdant.”

Mais alors quelle(s) solution(s) ?

Starhawk propose des actions concrètes. Elle propose des pistes à explorer dont je ne vais pas vous faire le détail. D’une part, parce que j’y réfléchis encore et d’autre part parce que c’est le contenu essentiel du livre … Mais même s’il n’y en a aucune prête à l’emploi applicable du jour au lendemain, j’ai relevé quatre éléments de réponse importants : soi, la créativité, les mots et le lien.

  • Soi

“Nous avons besoin d’une révolution qui inclue un changement profond en relation avec notre expérience d’être un corps. […] Cette séparation essentielle esprit/corps est à la base de tous les systèmes de domination qui fonctionnent en nous séparant de toute confiance en notre propre valeur et en faisant de ce qui est partie intégrante de nous-mêmes – nos émotions, notre sexualité, nos désirs – des choses mauvaises et dangereuses”.

Soi, être soi même. Il s’agit là, d’une quête d’authenticité. Nous ne sommes pas parfaits mais la connaissance de soi qu’elle soit une connaissance du corps ou une connaissance de l’esprit est fondamentale. C’est une quête longue, en mouvement perpétuel mais être aligné avec soi et ses valeurs permet de se donner sans se perdre. Accepter nos imperfections, accepter que l’on change aussi. S’accepter et apprendre à se connaître sont ce qui seront source de confiance en soi, un guide dans nos choix et notre façon d’agir.

“Nous avons tou*te*s besoin de trouver notre propre chemin au sein de cette zone frontière, d’identifier les valeurs profondes auxquelles nous sommes attaché*e*s et les meilleures manières de les exprimer et de travailler pour elles. Lorsque nous comprenons ce pour quoi nous nous battons, ce pour quoi nous acceptons de courir des risques, lorsque nous déchiffrons les critères grâce auxquels nous évaluions nos actions et nos choix, ce qui est le plus profondément important pour nous et nous nourrit, nous inspire le plus profondément, nous savons ce qui, pour nous, est véritablement sacré.”

  • La créativité pourquoi? Pour sortir du système de domination. 

Les systèmes de domination limitent notre imagination. Ils nous proposent des choix restreints et nous font croire que ce sont les seuls possibles.”

“[…] notre créativité humaine est le seul grand atout que nous ayons dans la lutte contre le plus grand conglomérat de pouvoir politique, économique et militaire qui se soit jamais formé sur la planète.”

Mais une créativité au service de quoi ? Des alternatives au système que nous connaissons et dans lequel nous vivons. Notre imagination et créativité sont des réponses aux problèmes rencontrer. Réfléchir aux alternatives et les mettre en mots voire en expérimentations. Imaginer les espaces de demain, créer les conditions nécessaires à l’émergence de ces alternatives, inventer des moyens de mettre en avant les alternatives existantes. Bref, mobiliser du temps et de l’espace de cerveau pour déconstruire d’abord notre façon de penser limitée par le système puis pour imaginer le monde de demain.

“Un mouvement progressiste intelligent devrait commencer dès maintenant à construire des structures alternatives, à renforcer les communautés, à chercher les moyens de créer une véritable sécurité et à proposer des alternatives prêtes à être mises en place lorsque des pans du système actuel s’effondreront.”

  • Les mots, une réponse évidente.

Dans un autre ouvrage, j’étais retombée sur une citation de Lewis Carroll dans De l’autre côté du miroir :

“La question, dit Alice, est de savoir si vous avez le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu’ils veulent dire. La question, riposta Humpty-Dumpty, est de savoir qui sera le maître, un point c’est tout.”

Cette citation rappelle combien les mots sont le pouvoir. Être en mesure de verbaliser, c’est prendre le pouvoir. C’est aussi donner une forme, une matière à une idée, à une pensée, à une lutte. La réappropriation du langage est un passage obligé. Cela est le cas dans n’importe quelle lutte, qu’elle soit féministe, écologiste ou le vecteur de l’expression du racisme systémique.

“Un groupe dont les membres commencent à ne plus vouloir s’exprimer de peur de commettre une erreur qui heurte la sensibilité devient morne et étouffant. Or, le langage peut être mis en question sur des modes susceptibles d’activer la créativité plutôt que de faire taire.”

  • Créer du lien, faire lien, l’autre comme réponse.

Pour mettre en place ces alternatives, pour avancer…nous avons besoin de faire du lien. A l’heure des réseaux sociaux et de la grande connectivité de chacun…Cela semble facile mais c’est surtout promouvoir la solidarité et l’horizontalité là où nous sommes confrontés à un individualisme forcené depuis des années. Oublier la compétitivité, oublier la concurrence. Vivre demain égaux, c’est vivre ensemble et solidaire.
La bienveillance, ce mot rabâché comme un concept un peu bêta voire laxiste comme l’amour sont des façons de penser la relation à l’autre et il s’agit d’un changement de paradigme important.

Adelphité, fraternité, sororité.

Cette capacité à faire du lien est ce qui peut permettre une vue d’ensemble, une vue globale et nous empêcher à nouveau de se limiter. Inspirer et s’inspirer, échanger…et donc créer.

“Nous avons besoin d’apprendre à voir ce qui prend forme, à penser en terme de flux et de connexion, non d’objets isolés, à prévoir et à concevoir des connexions sans nous focaliser sur les choses qui seront connectées.”

  • Et donc, de l’espoir? 

Une dernière citation qui me donne envie d’y croire – sans croire que ce sera simple.

“La révolution est ce que nous sommes, pas ce que nous deviendrons, ce que nous faisons, pas ce que nous ferons un jour. C’est une expérimentation vivifiante que nous ne cessons de réinventer tout en marchant, un processus vivant qui se produit maintenant.”

Propositions concrètes 

  • Sur la question du soi, j’avance à tâtons comme vous pouvez fréquemment le lire sur Instagram mais M.Pizaguetti est catégorique : beaucoup de chemin a été parcouru.
  • Sur la question du langage, je bannis le mot “profit” trop connoté économie de marché. Chercher les synonymes est une passion chez moi, je m’y donne à cœur joie. Je réfléchis à mes mots, je choisis ceux qui doivent avoir de l’importance, demain.
  • Sur la question du lien, je souhaite partager, communiquer autour de cette thématique : le monde de demain. Et je souhaite créer/ participer à des cercles de paroles pour mettre en marche notre créativité, s’interroger sur la déconstruction d’un mode de pensée limitant, imaginer des alternatives, créer des espaces… bref, PARLER et IMAGINER…même si cela reste encore flou.
    Si tu as des idées, ma boîte mail t’est ouverte.

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