Une chambre à soi – Virginia Woolf

Lecture incontournable dans la sphère féministe et littéraire, j’ai mis du temps à la finir. Plusieurs lectures en même temps et surtout un peu de mal à suivre le rythme de cet essai qui est long a commencé.

Entre promenade intellectuelle et promenade fictionnelle, m’accrocher à la pensée de Virginia Woolf fut plus complexe que ce à quoi je m’attendais. D’autant plus que j’adorais la promenade fictionnelle jusqu’à ce qu’elle devienne trop lourde. Gymnastique entre les rues londoniennes, le chat sans queue, les feuilles qui tombent et la pensée de Virginia Woolf.

Ce qui est glaçant c’est que ses mots restent d’actualité, qu’elle a un regard vif et lucide sur la situation : la femme a été privée de liberté intellectuelle – et elle l’est encore souvent.

Une liberté qui signifie : du temps pour soi, de l’argent, une pièce à soi avec une serrure. Une pièce pour occuper son temps, le stopper, l’apprivoiser.

Elle pointe du doigt la nécessité du bien matériel pour accéder à la liberté intellectuelle. Sans bien, il est impossible de créer. Le mythe du poète pauvre a la peau dur mais il reste une exception, si l’art de la création nécessite la paix, il peut difficilement accepter le besoin et l’esprit préoccupé.

“[…] Il est nécessaire d’avoir cinq cents livres de rente et une chambre dont la porte est pourvue d’une serrure, si l’on veut écrire une oeuvre de fiction ou une oeuvre poétique”.

Ce qui m’a marqué dans ma lecture est probablement à quel point les besoins pointés du doigt par Virginia Woolf restent les mêmes un siècle après. Aujourd’hui, la femme a plus de possibilité d’être indépendante mais la notion de temps propre dans un espace propre reste incontournable.

“Quelle est l’alternance de travail et de repos dont elles ont besoin, considérant que le repos n’est pas l’inactivité mais le gout de se livrer à une activité différente ? “

Virginia Woolf pose aussi la question du sexe. Nous vivons dans une société qui donne une place importante au sexe qui permet notamment d’asseoir la domination du masculin sur le féminin.  Cependant, la narratrice pose le concept de l’esprit “androgyne” .

“[…] me fit me demander s’il existe deux sexes dans l’ordre spirituel, correspondants aux deux sexes dans l’ordre physique, si ces deux sexes d’esprit demandent eux aussi à être réunis pour atteindre au contentement et au bonheur parfaits”.

Cette idée d’équilibre entre le féminin et le masculin en chacun de nous est une notion en psychologie, développement personnel et spiritualité qui m’intéresse beaucoup. Il s’agit d’une idée de paix en soi sans laquelle la créativité ne peut se développer.

“L’art de la création exige la liberté et la paix”.

Enfin, écrire est un acte personnel qui implique d’être honnête avec soi et le lecteur. L’écriture ne supporte pas le mensonge. Ecrire nécessite de vivre et d’être soi. S’habiter pour soi, on revient à cette notion d’état de paix entre son esprit masculin et son esprit féminin.

” Ecrivez ce que vous désirez écrire, c’est tout ce qui importe. […]. Lorsque je vous demande de gagner de l’argent et d’avoir une chambre à vous, je vous demande de vivre en présence de la réalité, une vie vivifiante, semble-t-il, que vous puissiez le communiquer ou non. […] Il est beaucoup plus important d’être soi-même que quoi que ce soit d’autre”

Une lecture plus ardue que prévue mais  qui donne plus que jamais l’envie d’écrire .

Up date :

J’ai participé au club de lecture féministe de Bordeaux. Dans l’ensemble, nous étions tous du même avis :

Le début est lourd et est une entrave à la lecture de l’essai.
En revanche, il semblerait que cela soit bien plus fluide en livre audio.

  • Les éléments pointés au club de lecture étaient :

la glaçante actualité du texte, l’humour et l’ironie de Virginia Woolf et la nécessité d’une sécurité financière pour garantir l’indépendance des femmes.

  • Nous nous sommes aussi questionnés :

Existe-t-il une écriture genrée? Peut-on reconnaître l’écriture féminine de l’écriture dite masculine à la lecture?

Les femmes n’écrivent pas sur les hommes comme ils ont pu le faire. Est-ce parce que c’est un non-sujet? (aka la domination) Est-ce que c’est parce qu’on n’a rien lu de tel ? Le mystère perdure.

Cotidiane

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