Belle

Pour la 1er fois depuis un nombre d’année considérable, je me trouve belle. Genre belle, je suis une belle personne. Belle parce qu’il y a (enfin) un alignement entre qui je suis et qui je parais. Probablement parce que je fais plus attention à mon écologie intérieure/ personnelle. Peut-être parce que je deviens une grande personne bienveillante envers moi-même. Peut-être parce que j’ai arrêté de placer ma vérité dans la bouche des autres.

  • La question de l’identité

Je n’ai plus les cheveux colorés, je n’ai plus de fond de teint.
Je me maquille pourtant encore. Je n’ai gardé que ce qui me faisait plaisir. Pas ce qui cachait.

Je ne suis ni pour ni contre le maquillage. Je suis seulement pour s’interroger à son rapport au maquillage ou au recours à d’autres artifices. Chez moi, la question de l’identité a souvent été problématique. Et il était facile de le constater entre mes va et viens capillaires : un jour blonde puis chocolat. Ma relation à ma double culture et au fait que cela soit invisible m’a très souvent dérangé. On ne devinera jamais que je suis franco-marocaine au premier coup d’œil, on ne devinera jamais que mes photos de famille sont des photos de famille et pas celle d’une bande de potes.
Vous pouvez vous demander l’intérêt que ça a que cela se voit?

C’est le manque d’égalité de traitement. On ne devinera jamais les failles. On ne devinera rien à mon faciès, je ne subirai pas de contrôles aléatoires selon le pantone de ma peau contrairement à mes frères et c’est une chance. On a déjà fait valoir la blancheur de ma peau pour un job. C’est injuste et cette injustice, cette inégalité m’a souvent mise en colère (encore maintenant) et m’a fait culpabiliser. Je n’ai pas choisi mes gènes, je n’y suis pour rien.

Admettre donc.

  • Le choix du partenaire et la vie de couple

Dans une de mes lectures, j’avais lu qu’il fallait prendre soin de bien choisir son partenaire. J’avais un peu ri. On choisit quelqu’un qui nous plait, c’est déjà pas mal. En vrai, je me suis souvent abîmée (et pas qu’un peu) dans des relations.

Alors, j’ai compris que choisir son partenaire, ça veut surtout dire qu’il ne faut ni croire ni avoir envie qu’il change. Si ses manies vous donnent envie de l’étouffer dans son sommeil, il est possible que cela ne vous convienne pas. Ou alors, il faut travailler sur soi parce que l’on ne peut pas changer ce qui n’est pas nous. Choisir son partenaire, c’est se choisir soi. Choisir ce avec quoi on est Ok, choisir de vivre une relation avec quelqu’un qui nous porte et soutien plutôt qu’il nous épuise et nous affaiblit. Et ce n’est pas toujours évident.

Et puis, il faut aussi arrêter de croire qu’une vie de couple c’est un bonheur permanent. Une vie de couple, ce sont deux personnes qui se rencontrent, c’est un projet à construire, à discuter et mener à bien. Ce n’est pas facile. Discuter, ce n’est pas facile, construire une vie à deux dans le respect de chacun, ce n’est pas facile. Alors, évidemment, notre relation doit nous apporter bonheur et épanouissement et ne doit pas être une lutte permanente…mais il ne faut pas tomber des nues lorsque cela se tend un peu.

C’est peut-être justement bon signe. Celui que la relation est équilibrée et que chacun se sent libre de parler, discuter, questionner malgré le temps passé ensemble. Discuter, c’est nettement moins épuisant que se battre.

Par chance, j’ai rencontré celui qui par son regard, ses mots, sa volonté de dialogue et ses encouragements me permet de gagner en confiance et d’exprimer peu à peu ce qui me convient. Nous construisons une vie qui nous ressemble, une vie dans laquelle je sens que ma voix à un poids. Le même que la sienne.

Se sentir entendu, cela rend beau.

  • Faire le point sur soi

Sur le blog de La Révolution des Tortues, j’avais lu le post sur le fait d’aller voir un psy. J’y suis allée plusieurs fois, jamais avec le même objectif et le dernier que j’avais rencontré m’avait tellement anéantie qu’il a fini de me plonger dans un état minable. Finalement, au détour de rien, j’en ai rencontré une autre qui m’a réconciliée avec la possibilité d’être un professionnel qui ne vous fait pas sentir comme une merde complète quand vous lui confiez vos difficultés.

Ce qui m’a fait aussi réfléchir différemment à la notion d’aller voir un psy, c’est le podcast de Matrescence. Nous avons tous besoin de voir un psy pour développer son intelligence émotionnelle ou réparer les maladresses, défaillances éducatives ou blessures de l’enfance. Il n’existe pas de mode d’emploi du parent, on se tue à la tâche pour être le meilleur mais selon ses critères et ses propres blessures, il est donc normal de ne pas tout réussir. Un parent n’est pas un super héros. L’admettre permet aussi une bienveillance envers ses parents et soi-même quand on l’est.

Je ne dis pas pour autant que j’ai eu une enfance malheureuse. Cependant, un mot des parents peut prendre des proportions incroyables. Mon hypersensibilité n’aidant pas, des phrases anodines pour d’autres ont eu des effets dévastateurs sur moi et il a fallu le déconstruire ( il faut encore y travailler parfois.)

Ce mot aussi, “hypersensible”, avec ce qu’il contient et les clés qu’il apporte. Ne plus se cacher, ne plus se détester à chaque larme. Pendant des années, je me suis convaincue que je n’aimais pas le cinéma. La seule raison ? La quantité de larmes que je verse. Je n’assumais pas cela et le regard des autres étaient trop pesant. Moi-même, je ne comprenais pas ce qu’il se passait avec moi. Alors pendant dix ans, j’ai évité au maximum le cinéma.

Je regarde peu de films aujourd’hui. Une trace de cet inconfort mais surtout parce que je sais comment je fonctionne. Si je veux passer une nuit pas trop agitée, rien qui ne puisse perturber mon équilibre interne avant de dormir. A la suite d’un film, je peux partir en guerre ou être tellement révoltée ou effondrée que dormir est impossible. Il faut donc soit que j’ai du temps devant moi soit que je reporte à un après-midi pour me laisser le temps de redescendre émotionnellement. C’est comme ça, on apprend avec et c’est ok.

On tient peut-être le chemin du bonheur, finalement.

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