La césarienne est un accouchement

Cette illustration a croisé mon chemin et depuis je ne pense plus qu’à ça :  Mon accouchement.

Quand je me souviens de celui raconté par les copines, je me suis toujours dit que j’avais eu de la chance. D’ailleurs, on me l’a dit aussi qu’avec ma césarienne, j’avais eu de la chance. De la chance parce que je n’ai pas été déchirée/ parce que “tu te remets plus vite”/ parce que je n’ai pas souffert. (et ce que j’ai oublié, refusé d’entendre)

Je n’ai pas eu de la chance, j’ai eu un accouchement.

Une césarienne quand c’est évoqué en cours de préparation à l’accouchement, ça fait peur. On nous parle des risques et du confort aussi. Les mamans rigolent ” trop bien de pas avoir mal”. Un peu comme la péridurale. Et puis, après les accouchements, souvent, on nous fait comprendre que l’on n’a pas vraiment accouché.

Quelqu’un est venu chercher le bébé dans notre ventre. Sans effort de notre part, sans la douleur effroyable puisqu’on nous endort.

Seulement voilà, je suis rentrée à 7h en salle d’accouchement avec un col qui ne s’ouvrait pas. J’en suis sortie à 19h. De 7h du matin à 18h40, je suis restée à regarder un monitoring. Je suis restée là, sans comprendre. Je ne souffrais plus vraiment, c’est vrai. J’avais ma peri et j’attendais. Il y avait un problème. On avait déclenché mon accouchement et rien ne se semblait se passer. Les contractions étaient bien là. Les produits qu’on injectait dans mon corps aussi.

Mon col ne s’ouvrait pas, mon corps se fatiguait.

Puis, après un certain nombre d’heures. Il a été décidé d’accélérer le rythme.
Une fois. Le rythme cardiaque est perdu. Je ne comprends pas, je bouge, je cherche. On me dit que tout va bien.
Deux fois. Le rythme cardiaque est perdu. Je cherche à nouveau. Pas un mot, c’est normal, tout va bien.
Troisième fois. Le rythme cardiaque est perdu. On rentre, on sort, on cherche pour moi. Cette fois, c’est plus long. Le bébé ne supporte pas le produit.

Il était 18h40. Trois fois, j’ai vu s’effacer le rythme cardiaque de l’enfant que je portais. Pic de stress, est-ce que tout peut disparaître ? Est-ce que tout s’arrête ? J’ai peur. Je ne veux pas pleurer. Je prie à l’intérieur de ma tête pour que tout aille bien, pour qu’il n’arrive rien.

Ma sœur a fait vite. Elle est là depuis des heures mais ne peut pas me voir. Ma mère est là aussi. Elle me regarde et je souris : tout va bien. Ils ont dit : tout va bien.

J’écoute en boucle la playlist de naissance, celle que mes proches ont constitué. Je savais que je sortirai de cette salle en étant une maman solo mais je n’avais pas envisagé que je douterai à ce point de devenir maman ce jour-là. Je n’avais pas envisagé le nombre d’heures que je passerai à m’inquiéter, à divaguer, à angoisser, à réfléchir.

Et puis, c’est tombé : césarienne en urgence. Il faut aller la chercher, ça fait trop longtemps.

J’ai dit oui.
Table d’opération. Lumière aveuglante. Salle froide. Rideau. Urgence.
Je suis partie sans avoir le temps d’évoquer l’après opération avec ma mère. Dans la salle d’opération, on m’a dit « tout va bien se passer ». Une larme a coulé, je me suis dit qu’il pouvait m’arriver n’importe quoi du moment que ma fille sorte vivante de mon ventre.

Le chirurgien chantait, rapidement, il l’a sortie. C’était lui, ma chance.
C’est lui qui a enchanté mon accouchement.

Impossible de la toucher ou de bouger. On l’a approché de ma joue mais il fallait faire vite. La sortir de la salle et me recoudre. Comme à chaque fois, j’ai compté dans ma tête. J’ai compté pour que le temps passe plus vite. Je ne savais pas où allait ma fille. Je ne savais pas qui était là. Je n’avais pas parlé du peau à peau si important à mes yeux.

Je me suis réveillée, seule, une fièvre horrible. On doit attendre qu’elle baisse. Elle ne baissera pas. Devant mon entêtement, on me remonte dans ma chambre. Enfin, je peux voir ma fille, il est presque 22h. J’ai une perfusion, je ne peux pas marcher, je saigne, j’ai une cicatrice fraîche qui limite mes mouvements. Mais je peux la poser contre moi, là.

Je n’ai pas mal, je suis maman.

Peut-être que je n’ai pas été explosée par l’expulsion de l’enfant. Ce n’était pas un accouchement par voie basse. Peut-être qu’il a fallu un chirurgien pour aider à la mise au monde de cette enfant. Comme on a recourt à d’autres moyens pour aider la sortie du bébé. Peut-être que je n’ai pas « poussé ». Mais je n’ai pas été passive, j’ai été active à chaque minute. J’ai eu peur, j’ai crié en silence, j’étais perdue, j’ai eu mal aussi, j’ai pensé à cette petite fille chaque seconde de ces 11 heures. La césarienne est une expérience qui laisse des séquelles, qui inquiète les prochaines grossesses comme celle de ma copine M. pour qui je me suis fait du souci. J’ai une cicatrice à vie, celle qui montre que l’enfant est sortie de moi. J’ai eu de la chance parce qu’aujourd’hui, on peut ne pas mourir de donner la vie. Comme toutes les femmes qui ont mis au monde. Il n’y a pas d’échelle de la souffrance, d’échelle du bonheur ou d’échelle de la mise au monde.

Ce sont nos corps qui réagissent, peu importe comment, ce son nos expériences, nos accouchements. 

Cotidiane

Un commentaire sur “La césarienne est un accouchement

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page