Santé mentale et grossesse

J’ai eu la chance de débuter ma grossesse durant le confinement : entourée de M.Pizzaguetti et de l’Enfant Chérie. Cependant, alors que nous désirions fermement ce bébé, les premiers mois n’ont pas été que joie et allégresse notamment en comparaison de ma première grossesse.

C’est d’ailleurs peut-être la clé : une fois que le corps sait, que l’esprit sait comment cela se déroule, l’insouciance de la découverte d’une grossesse est moins accessible. L’investissement n’est pas le même.
Porter aussi cette nouvelle parentalité alors qu’il y a un premier enfant, c’est différent. On partage différemment, l’implication de l’aîné a aussi des conséquences sur notre perception.

La fausse-couche : épée de Damoclès

Cependant, dès mon premier rendez-vous médical, j’ai senti l’angoisse monter. Davantage perméable au vécu des amies, j’ai senti la peur me gagner.

Il y a tout un discours sur la fausse-couche qui vous maintient dans une angoisse permanente. On vit avec un « on ne sait jamais vraiment ». Cette fausse-couche qui explique que l’on attend le cap des trois mois.

On se sent alors isolée pour parler. On ne sait pas vraiment à qui s’adresser pour en discuter. Les changements sont importants. On se questionne beaucoup.

Être entourée alors est important, vraiment. Pas nécessairement de femmes enceintes. Il faut être entourée de personne non toxique. Eviter à tout prix de sombrer dans la comparaison et l’anxiété. La fausse-couche est une réalité mais il ne faut pas se rendre aux toilettes en étant certaine de trouver du sang.
Là encore, auprès de l’Enfant Chérie et de M.Pizzaguetti cela a bien simplifié les choses. Leur vitalité, leur dynamisme et leur joie de vivre est très contagieuse. Le fait aussi d’en avoir parlé à quelques amies proches, ma sœur et ma mère.

Léthargie : Merci les hormones

Dans ces premiers mois, une fatigue intense peut se faire ressentir notamment due à la progestérone. Lorsqu’on en parle, on nous dit « c’est normal, ce sont les hormones ».
Encore une fois, ce qui est normal ne signifie pas que c’est facile. La différence est là, le fait que l’on nous rétorque que c’est normal est déstabilisant et est une forme de violence.

Suivant les personnalités et les caractères, cet état léthargique peut-être très difficile à supporter. De la même façon que nous n’avons pas toutes la même capacité à céder à la fatigue : forte résistance, enfant déjà présent dans le foyer, travail intense….

C’est en cela que je mesure combien vivre mon début de grossesse durant le confinement a été une chance inouïe. J’ai pu avoir le temps de profiter d’un ralentissement du rythme, de journée moins physique (faire cours en classe est un marathon, être derrière son écran pour faire la classe, beaucoup moins).

Les émotions durant la grossesse

Le chamboulement hormonal apporte son lot de surprises notamment sur le plan émotionnel. Une grossesse, c’est un peu une boîte de pandore. Soudain, des choses resurgissent étrangement. On constate une intensification des phénomènes émotionnels.

Le cerveau se transforme (celui de la femme mais aussi de l’homme) pour lire les besoins de sécurité et besoins d’attachement de l’enfant à venir.

Plus vulnérable, plus sensible, plus « poreuse », une vraie mer agitée. Cette tempête émotionnelle permet de faire table rase : il y a un avant et un après. C’est un peu une période qui pointe ce qui doit être travaillé pour être le plus ok avec soi une fois le bébé présent. Se connecter à soi, à ses émotions pour pouvoir être en lien avec son bébé.
Comme un enfant, une grossesse confronte avec soi (et aussi avec ce qui n’est pas réglé).

Déprime : le fruit des antécédents

Le bien-être dans lequel on attend se trouver ou dans lequel la société nous fait croire que nous nous trouverons peut être entravé par des événements passés.

Des difficultés de conception, des fausses-couches répétitives, des relations difficiles, des maladies existantes (oui, on peut être malade et parent) ou encore un deuil. L’isolement peut aussi être une difficulté à se laisser aller au bien-être.

Dans mon cas, si vous me suivez depuis longtemps, vous le savez. Lors de ma première grossesse, très vite je me suis confrontée à l’éloignement du père de l’Enfant Chérie qui est tombé amoureux d’une autre personne. A un peu plus de six mois de grossesse, je suis donc retournée vivre chez mes parents pour finir ma grossesse sereinement et débuter ma nouvelle vie dans un cadre plus apaisé.

Cela n’est pas sans conséquence. Je n’ai pas eu peur de l’abandon mais plutôt la crainte de ne plus « être aimable » maintenant que je suis enceinte. Evidemment, je n’ai pas été épargnée par la crainte de la fausse couche voire de la mort en général. Inquiétude accrue lorsque l’Enfant Chérie n’est pas avec moi, de M.Pizzaguetti ou de la mienne.

Mettre au monde, créer une vie c’est aussi (re)prendre de plein fouet conscience de la fragilité de la vie.

La culpabilité et le stress

Lorsque la femme est enceinte, on pense tous à l’enfant porté. Chacun part de sa petite réflexion et de son conseil. La phrase qui fait culpabiliser : « Le bébé ressent tout ».

Ce n’est pas parce qu’on a des phases de bien ou de moins bien que notre bébé en gardera des conséquences négatives. C’est notre façon d’y répondre, de vivre et d’accepter ce que l’on vit, ce que l’on est durant cette période qui compte.

La médicalisation de certaines grossesses et les nombreuses contraintes notamment alimentaires pour éviter certaines maladies sont créatrices d’anxiété. Il faut parvenir à travailler sur cela, en discuter et se dire que c’est ok.

Ce n’est pas parce que le bébé ressent que nous sommes le bébé. Nous avons le droit de vivre les choses comme cela nous apparaît à nous, il ne faut pas se priver de vivre sa vie notamment émotionnelle.

Des conseils :

  • Parler avec votre partenaire
  • Le yoga prénatal
  • La méditation
  • Parler avec votre sage-femme, votre médecin ou votre gynéco.
  • Mettre en place un suivi par un psychologue.
  • Être suivie par une doula en complément de votre suivi médical.
  • Ecouter des podcasts qui désacralisent ce moment et déconstruisent la représentation de la grossesse/maternité. (la matrescence, bliss stories, oui change ma vie…)
  • Pour celleux autour de Bordeaux, se rapprocher de l’Institut de la Parentalité (Floirac)

Certains sont des conseils onéreux dont la prise en charge peut devenir difficile. Vous pouvez également vous rapprocher de la PMI la plus proche de chez vous.

Cotidiane

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page