Vald et le Privilège blanc

Un truc d’enfoiré, c’est un truc d’imbécile, un truc méprisable. Quand on tient ce genre de propos, je me demande ce qui est méprisable.

Alors oui, comme beaucoup, je suis allée sur Genius pour y lire une explication. Il y aurait là une référence à Martin Eden de Nekfeu et sa phrase :

« Fils de pute, bien sûr que c’est plus facile pour toi quand t’es blanc ».

Martin Eden, Nekfeu

Clairement, ce sont deux références à ce qu’on appelle « le privilège blanc ». On peut même lire -toujours sur le même site :

« Vald rejette cette idée de white privilege. Tout serait selon lui alors une question de travail et de persévérance : qu’importe la couleur de peau, tout n’est pas si facile, et il faut travailler dur pour arriver à ses objectifs. »

  • Le privilège blanc

Avant même d’expliquer le concept, on peut noter – et ce n’est pas rien – que récemment, le président de la République comme la ministre E. Moreno, reconnaissent l’existence d’un privilège blanc. Voici les mots de E. Macron :

« Être un homme blanc crée des conditions objectives plus faciles”, notamment “pour avoir un logement, pour trouver un emploi, qu’être un homme asiatique, noir ou maghrébin, ou une femme asiatique, noire ou maghrébine”.

E. Macron, l’Express

Nier l’existence du privilège blanc, c’est nier le racisme systémique de notre société. Le racisme est un système de hiérarchies sociales entre les personnes, positionnées selon la façon dont elles sont perçues. Les personnes sont racialisées et classées en fonction d’une échelle de valeur au sein même de la société. Ce système de hiérarchie sociale est donc un système d’avantages et de désavantages.

Le terme donc regroupe un ensemble d’avantages dont bénéficient les personnes qui ne sont pas les cibles du racisme. Ainsi, ce sont des avantages dans le monde professionnel, pour avoir un logement, accéder à une formation …ou juste à l’école etc etc…

En revanche, ce que n’est pas l’idée de « privilège blanc », c’est signifier que c’est facile « quand on est blanc ». A aucun moment le privilège blanc c’est dire que « les blancs » réussissent juste parce qu’ils sont blancs. C’est juste dire que les difficultés rencontrées sont moindres.

D’ailleurs, c’est ok de bénéficier de privilèges. On bénéficie tous à un moment de privilèges car la société est construite ainsi. Ce n’est ni criminalisant de dire ” je bénéficie de privilège” ni une honte. Ce n’est pas tout non plus de le reconnaître, il faut réfléchir à la construction/réparation du système pour créer l’égalité. C’est-à-dire reconnaître des inégalités pour y palier.

La méritocratie

La défense est pire que l’attaque où Vald vient nous tenir un discours sur la méritocratie : idée que le travail et la persévérance sont les seules à nous permettre de réussir. Opposer privilège blanc et méritocratie, ça revient à dire que si les personnes racisées réussissent moins c’est par manque de travail et de persévérance. C’est renvoyer l’image du fainéant, celleux qui ne bossent pas (et qui profitent). C’est transporter avec soi les stéréotypes racistes de la société.

Le fameux « quand on veut on peut ».

Mais d’où tu parles, Vald ? Cela fait partie du privilège blanc de croire à la méritocratie. Tu arrives d’Aulnay, ok. Mais, d’après mes lectures, tu es bachelier d’un lycée catholique, c’est-à-dire privé. N’est-ce pas un privilège, ça ? Pouvoir choisir l’établissement, les options, les horaires et les fréquentations de ses enfants moyennant un paiement mensuel, éviter le lycée de secteur avec ce qu’il représente. Qu’on soit d’accord, je n’airien contre les lycées catholiques, j’y travaille – et avec passion – mais je sais aussi que la scolarité a un coût et pas toujours anodin. Choisir un lycée catholique, c’est soit l’intégrer par choix religieux soit fuir le lycée de secteur quand on en a les moyens parce que « c’est moins bien/ c’est mal fréquenté/ trop de Noirs, trop d’Arabes/ pas assez de profs ou des remplacements plus difficiles» Alors, comment peut-on se dire que c’est la réussite est simplement due au mérite ? Là encore, nombreuses sont les études qui montrent que réussite et classe sont intrinsèquement liées.

Aller à la fac même si ce n’est pas pour réussir médecine mais faire une licence et devenir ingénieur du son, c’est un privilège.

Combien d’élèves sont orientés de force ailleurs que sur les bancs de la fac parce que leur profil c’est « aller dans des filières pro » parce que le racisme systémique biaise les choix ? Parce que les stéréotypes formatent le système et privent d’une réelle liberté les élèves ? Par manque de représentation?

Le « milieu du rap »

Plus loin dans l’explication de ces lignes, on peut lire que

contrairement à ce qu’on pourrait de prime abord penser, il est possible que le Francilien ne refute pas le principe du white privilege. Leur réussite musicale n’étant pas assurée par leur couleur de peau. Il semble seulement affirmer que dans son milieu la réalité est différente de la société, et qu’il existe des rapeurs Blancs, Noirs et Arabes qui vendent très peu d’albums.”

Genius.com

Faire référence au milieu du rap. Un milieu dans lequel « la couleur de peau ne compte pas, pour vendre. » et serait différent de la société.

Seulement, comme le décrit Karim Hammou, la question raciale comme la question sociale sont au cœur du rap. Société et milieu du rap ne sont pas divisibles. Ainsi, dire qu’il s’agit seulement de talent, c’est un point de vue privilégié. Il n’y a qu’une personne bénéficiant d’un privilège blanc pour croire que “la couleur de peau” ne compte pas. Comme si l’existence d’une personne n’avait aucune influence.

Il suffit d’écouter quelques morceaux de rap pour se rendre compte que talent ou pas, il est impossible de se dissocier de son vécu. Et une personne que le système racialise en permanence ne lui laissant jamais la possibilité d’être simplement mais d’être « en tant que perçue comme », peut encore moins y échapper.


Il suffit d’écouter quelques morceaux de rap pour se rendre compte que talent ou pas, il est impossible de se dissocier de son vécu. Et une personne que le système racialise en permanence ne lui laissant jamais la possibilité d’être simplement mais d’être « en tant que perçue comme », peut encore moins y échapper.

Non, le privilège blanc n’est pas un concept méprisable. Non, cela ne signifie pas que c’est facile pour tout le monde.

C’est cette punchline qui pue le mépris. Soit on ne maîtrise pas un concept donc on évite de l’évoquer, soit on est incapable de reconnaître ses propres privilèges et le mieux, c’est de ne rien dire. Lorsque c’est en conscience que cela est fait, pour répondre à un autre, c’est reconnaître que nos idées sont celles de l’extrême droite.

Et je ne veux pas écouter de rap d’extrême droite.

Aller plus loin :

Lire le livre de Fatima Ouassak, La Puissance des mères qui aborde la question de l’école comme vecteur du racisme systémique. (J’en parle ici)
Lire le livre de Sarah Mazouz, Race (J’en parle ici) sur la nécessité de se pencher sur ces questions.
Lire le livre de Karim Hammou, Une Histoire du rap en France
Ecouter le podcast de Les Enfants du bruit et de l’odeur “La menace du stéréotype” avec la Docteure Racky KA-SY)
Ecouter le podcast de Kiffe ta race avec Lilian Thuram autour de son livre La Pensée blanche et comme celle-ci se construit.

3 Replies to “Vald et le Privilège blanc”

  1. Article de gauchiste pondu en français très moyen version 2.0 qui nous vante les méfaits d’un racisme “systémique” fantasmé par toutes ces officines de la bien-pensance progressiste qui confond hiérarchie sociale et raciale.

    Le dictionnaire devrait être votre premier amis, il vous permettrait de vous ouvrir les yeux sur la triste réalité sociale que nous vivons en France. Réalité dans laquelle la gauche avec son combat “anti-raciste” a réintroduit le racisme dans le débat sociétal en renvoyant systématique les gens à leurs origines. Il s’est néanmoins trompé de cible, car les actes antisémites et anti-blancs sont sur-représentés dans notre pays tout comme les étrangers dans les prisons. La faute à qui ?
    Au petit blanc Vald, ou au petit blanc gauchiste ethnomasochiste ? ( relayer les gens à leur couleur est symptomatique de votre idéologie … ségrégationniste )

    Ne voyez dans mon commentaire aucune haine, juste une rectification de votre vision fantasmagorique de la réalité.
    Vous battre contre le racisme par le racisme ne peut vous rendre que ridicule.

    Salutations,

    Wassim Abdelli

    Ps : supprimer mon commentaire n’apportera que plus de crédit à ce dernier.

    1. Vous êtes insultants, méprisant et hautain.
      Si vous aviez pris la peine de lire cette article pour ce qu’il est et non pas avec votre mépris de grand sachant, vous auriez compris que des concepts sociologiques ne font pas références à une couleur de peau.

      Je vous remercie cependant pour votre commentaire qui n’apporte rien.
      Je vous invite à lire Le Ventre des Femmes de Françoise Vergès.

      Par ailleurs, vous me prêtez des accointances politiques sans n’en rien savoir, ce qui ridiculise grandement la teneur de votre développement.
      Bien à vous.

  2. Bonjour,
    Pour te reprendre, il est très rare dans le rap d’avoir des hommes blancs qui assument leur “domination”, c’est d’ailleurs un des seuls à évoquer le sujet sans rentrer dans le politiquement correct, d’où le pic à Nekfeu.
    Aussi, il a beau avoir évité le joyeux bordel de l’école publique, il a vu ses parents trimés dans des jobs exploités, mère secrétaire (patriarcat bonjour), père ouvrier (impérialisme économique bonjour).
    Mêler les questions raciales/genres est très important et l’intersectionnalité est un outils magnifique (auquel je préfère le terme de coexistentialité, voire Elsa Dorlin). Sauf qu’il inclut aussi la catégorie de classe, bien souvent oublié dans les analyses féministes (cf Daniele Kergoat). Et c’est tout le discours de Vald, sur différents titres, de mettre en avant le “devoir” (/besoin) de s’émanciper économiquement. Quand il sort cette fameuse phrase, il ne s’adresse pas plus au milieu du rap qu’au milieu sociale des ouvriers, hommes blancs, à qui l’on fustige sans cesse d’être privilégiés alors qu’ils sont exploités par un impérialisme économique (celà ne veut pas dire qu’ils ne sont pas privilégiés en terme racial et de genre).
    C’est là où on l’on atteint les problèmes de l’intersectionnalité : croiser les dominations c’est aussi ne pas discerner les effets d’une seule de ces dominations sur une individualité précise et là dessus je renvoie une fois encore à Kergoat, “Dynamique et consubstantialité des rapports sociaux”.

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