Il était un soir où l’Enfant Chérie est rentrée de l’école. Elle avait deux petits trous dans les manches de sa robe. Elle nous raconte que c’est un petit garçon qui lui a fait. Il l’avait poussé contre le grillage et a fait les tous avec une paire de ciseau de la classe. Un petit garçon de grande section.

On l’a fait parler, prêts à l’écouter. Elle est en boucle : c’est « un monstre », tout le monde dit ça / « un grand ». Il lui fait peur.

Finalement, j’envoie un mail incendiaire à l’école et puis j’ai RDV avec la maîtresse de Grande Section.

Le petit garçon est un garçon noir nouvellement arrivé dans la classe et qui maîtrise très peu la langue française. (Il est anglophone). J’apprends qu’il y a des soucis avec les autres enfants de sa classe car il est laissé de côté. Je fais parler l’Enfant Chérie.

Je comprends alors que ce petit garçon n’a rien fait. Elle ne nous dira jamais ce qui s’est vraiment passé mais elle avoue à demi-mot que l’enfant accusé lui fait peur parce qu’elle ne comprend pas quand il parle, parce qu’il est grand et que pour la première fois, ce petit garçon noir représentait un autre effrayant. Il représentait un ailleurs arrivé dans son école.

Ce sont les enfants qui l’appelaient le « monstre » et qui ont créé cet univers de terreur. Un ailleurs fantasmés parsemé des clichés sur les enfants noirs turbulents, violents, etc…Seulement, cela ne vient pas d’eux spontanément mais de ce qu’ils ont entendu ou pas entendu à la maison. C’est le positionnement de la maîtresse.

Plutôt que d’avouer le racisme de cette situation et d’avoir une réponse collective, elle a pris RDV avec les familles individuellement. Comme si le problème était individuel, comme s’il ne concernait pas la vie de groupe et la vie de classe. Je crois que c’est ce qui m’a le plus contrarié dans cette histoire (en plus du mensonge et du racisme).

Ce qui est incroyable, c’est que jusqu’à ce moment-là, je n’avais pas perçu ce qu’il se jouait. Il y a plusieurs enfants perçus comme racisés dans la classe de l’Enfant Chérie y compris parmi ses copains alors je m’étais dit que le discours tenu à la maison fonctionnait. Seulement, dans cette situation inédite où personne n’a semblé prendre de mesure collective, ses amis ont juste été les amis « noirs/asiatiquetés/arabes/roms …) qui permettent de justifier un comportement.

J’ai très mal vécu ce moment. J’étais à deux doigts de pleurer mais cela n’aurait servi à rien. Ce qui est incroyable, c’est que le grand-père de l’Enfant Chérie est issu de l’immigration, que nous sommes mes frères, ma sœur et moi des enfants « de la mixité » et que là, je suis la mère de deux enfants qui grandissent en tant que « blanches » dans un système fait pour elles. Alors, la transmission de mon patrimoine culturel mixte est quelque chose de précieux à transmettre. Peut-être encore davantage que ce que je pensais notamment parce qu’il est unique. Et surtout, je dois veiller davantage à une éducation non raciste à la maison. Pas seulement offrir une poupée noire en interrogeant pas l’Enfant Chérie et ce qu’elle perçoit.

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