L’Enfant – Kjersti Annesdatter SKOMSVOLD

C’est un court roman, écriture de soi. Une mère qui s’écrit, qui écrit à ses enfants, à son mari.

J’ai particulièrement aimé, la façon dont la narratrice évoque son post-partum, les premières émotions, ce charivari à l’arrivée d’une naissance que ce soit une première ou une deuxième. C’est beau, c’est poétique, c’est intense.

ça me faisait physiquement mal quand les gens prenaient l’enfant dans leurs bras, quand ils le touchaient avec des doigts dont j’ignorais l’état de propreté, quand je ne savais pas s’ils lui tenaient la tête correctement, quand ils parlaient d’une voix trois fois trop forte. Le voir pleurer et voir d’autres que moi le consoler déclenchait un écroulement à l’intérieur de mon corps, je voulais leur arracher l’enfant des bras, je voulais me cacher entre les quatre murs d’une pièce noire, elle-même entourée d’autres pièces noires, noires et vides, pièce après pièce, les unes à la suite des autres, au bout desquelles s’étendait une forêt si vaste qu’elle couvrait en entier le globe terrestre de son grand calme et, quand je parvenais enfin à nous croire si bien cachés qu’absolument personne ne pouvait nous trouver, que strictement rien ne pouvait nous atteindre, là seulement j’étais en mesure de respirer à nouveau.”

L’Enfant, Kjersti Annesdatter Skomsvold

Il s’agit de réfléchir à concilier son statut de mère, d’épouse et poursuivre son cheminement d’écrivaine. Peut-on tout être ? Changeons-nous de casquettes ou acceptons-nous notre pluralité ? Une identité ni figée ni exclusive.

Cette réflexion sur l’identité de la mère, de la personne m’intéresse d’autant plus que plus je lis et j’avance dans ma maternité et plus je m’interroge sur ces injonctions à ne pas être “que mère”. Qu’est-ce que cela signifie? Peut-on réellement croire que cela n’est qu’une parenthèse ? Qu’entre toutes nos facettes, il n’y a aucune interférence?

Dans ce récit, la narratrice s’adresse à sa fille elle revient sur la naissance de son premier enfant, elle retrace la rencontre avec Bô, le père de ses deux enfants et l’homme qu’elle aime. Elle renoue avec son vécu aussi.

J’ai trouvé cela très intéressant. Ce parcours qu’elle met en lumière montre que la femme qu’elle est n’est pas une page vierge à la rencontre de Bô ou que la maternité n’efface pas non plus ce qu’elle a vécu, chassant cette idée que la maternité est si intense qu’elle requiert de nous que nous soyons vierge de toute existence passée.

L’autrice fait le portrait de fragilités, de sensibilités, qui sont à la fois singulières et normales. C’est l’histoire du quotidien de la vie qui suit son cours, des récits comme on en lit peu. C’est une très belle déclaration d’amour.

J’ouvre la porte de la chambre à coucher et je vous y trouve tous les trois, vous dormez dans le même lit, pêle-mêle les uns à côté des autres. Je vous rejoins dans le lit, je reste allongée à côté de vous, je ne fais aucun bruit. Je suis entourée d’êtres endormis, d’êtres venus à moi, d’êtres entrés dans ma vie, d’êtres sortis de moi. Les sons et les odeurs emplissent la pièce, la respiration régulière du petit, le parfum suave qui émane de toi. […] J’ai besoin de sentir la chaleur que dégage sa peau, d’entendre le bourdonnement du sommeil dans sa poitrine, car alors l’inquiétude se métamorphose en autre chose, elle se dissout puis disparaît.

L’Enfant, Kjersti Annesdatter Skomsvold

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