Toute une moitié du monde – Alice Zeniter

Il s’agit d’un essai qui se veut sur le ton de la discussion. Un peu comme la ballade réflexive fictive de Virginia Woolf.

C’est une lecture stimulante qui fait communiquer lecture et écriture. Depuis ses expériences personnelles, l’autrice tisse des réflexions autour de la fiction. Il s’agit de développer ce que fait la fiction au réel mais également le réel à la fiction.

“Je retrouve dans ces propos la pensée de Barthes, telle que l’expose Laure Murat dans Relire : ” Ce que Barthes appelle la “lecture éphémère” ou “la lecture sans retour”, désignant ces livres qu’on ne lit qu’une fois, qu’on traverse comme le train d’un paysage où l’on ne reviendra plus, serait liée à la naissance du capitalisme. Elle relèverait d’une “idéologie de la consommation”, d’une “phénoménologie de la dévoration” qui aurait été impensable sous l’Antiquité ou au Moyen Âge, époque de l’éternel retour au texte et de la glose.

Toute une moitié du monde – Alice Zeniter

Comment les récits forgent les esprits et sont parfois limitants pour notre imagination, la construction de possibles dont les récits n’ont pas été écrits. Il s’agit de penser la portée des représentations du monde proposée, le poids du capitalisme dans nos lectures et nos structures narratives. Ecrire “un roman qui marche” ou faire une “expérience du récit”. L’un est-il moins bien que l’autre dans une société capitaliste où écrire est souvent précaire? Est-il possible de ne pas hiérarchiser? Est-ce que cela ne vient pas à opposer littérature commerciale et vraie littérature? (autrement dit, assurer les arrières de la littérature bourgeoise?) simplement : écrire pour quoi ? pour qui ?

« Dans Rouvrir le roman, Sophie Divry la qualifie de « roman as usual », avec une désinvolture qui me plaît beaucoup et que je m’en vais imiter. Le roman as usual, écrit-elle, c’est celui « qui se répète avec succès, demande un sujet à la mode, une intrigue vraisemblable et haute en couleur, des personnages bien campés auxquels on peut s’identifier, un style d’une lisibilité digeste, quelque chose de clair, d’immédiatement compréhensible et reconnaissable ». Le roman as usual, malgré ses répétitions ou peut-être grâce à elles (et à cette impression, sinon de familiarité, du moins de n’être pas perdue), c’est ce qui marche, au double sens du terme : ça file droit et ça s’assure un lectorat solide. »

Nombreuses sont les personnes citées pour appuyer et accompagner la discussion proposée par l’autrice. Ainsi, à l’aide de plusieurs supports critiques, elle propose un “pariage” de réflexions et un élargissement du périmètre de la fiction notamment aux “autres qui comptent” et qui ne sont pas des hommes blancs valides et hétérosexuels.

Il y a quelque chose de grisant en sortant de cette lecture notamment lorsqu’on écrit. Plusieurs fois, dans ma position de lectrice-qui-écrit, je me suis dit qu’il s’agissait d’un outil de travail intéressant. Il m’a donné envie à la fois de reprendre un manuscrit pour voir où j’en étais sur tel ou tel point qui a retenu mon attention à la lecture mais aussi de m’interroger sur mes lectures de fiction et voir ce que les personnages m’ont laissé comme empreintes.

“Affirmer qu’il manque à la fiction toute une moitié du monde, c’est lui dire aussi qu’il lui reste cette même moitié du monde dans laquelle s’égailler et ça me paraît le plus beau des programmes.”

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